Ce catalogue a été édité à l'occasion de l'exposition présentée au palais des Beaux-Arts de Lille et au musée de l'hospice Comtesse du 15 septembre au 27 décembre 2000.
La gloire européenne de
Rubens a contribué à faire d'
Anvers un des principaux centres artistiques du XVIIe siècle. L'importance de cet atelier fit que les élites lilloises adoptèrent cet art baroque emblématique de la Contre Réforme catholique. Vers 1620, les communautés religieuses installées depuis peu à
Lille, dans les Pays-Bas espagnols, commandèrent d'immenses tableaux d'autel à
Rubens ou, plus tard, à
Van Dyck. Ces oeuvres majeures traduisent l'essor de la peinture à
Lille dans ce premier tiers du XVIIe siècle où pourtant aucun artiste local n'émerge véritablement. Ainsi, verra-t-on les grands maîtres de l'école anversoise jouir d'un quasi monopole dans le grand art religieux jusque dans les années 1660. A
Lille, la France voisine de Le Sueur n'existait pour ainsi dire pas sur le plan artistique. Les décors opulents et polychromes de la bourse, achevée en 1653, révèlent cette même obédience flamande en architecture.
Le siège de
Lille, célébré par
Van der Meulen, eut lieu en 1667. Dans l'amertume, la ville se trouvait rattachée au royaume de Louis XIV et perdait sa vocation : de centre économique, la voilà devenue place militaire. Quelles furent les conséquences artistiques de ce changement de souveraineté? D'une grande exhaustivité, les deux expositions lilloises et le vaste catalogue qui les accompagnait répondaient remarquablement à cette question en éclairant chaque pan stylistique de cette mutation esthétique.
L'urbanisme et l'architecture marqueront la plus forte rupture.
Vauban, le grand homme de cette francisation raisonnée, fit donc de
Lille un vaste chantier : la citadelle la plus moderne d'Europe, un nouveau quartier régulier aux hôtels entre cour et jardin et la porte de Paris, chef-d'oeuvre d'inspiration classique à la seule gloire du Roi-Soleil, consacreront au vu de tous l'emprise française.
En revanche, un certain particularisme flamand devait perdurer dans la peinture à usage privé, ce qui ne serait bientôt plus vrai des commandes officielles. En cette période d'activité intense, des carrières locales devenaient donc possibles. Plusieurs artistes apparaissent, s'installent même, mais c'est
Arnould de Vuez, académicien venu de Paris en 1681, qui deviendra la figure de proue de la
peinture lilloise. Pas d'église ou d'hôpital qui ne contienne ses oeuvres au classicisme tempéré. Cette importante exposition révélait cet oublié du Grand Siècle ; ce n'était pas son moindre mérite.